Naturopathie

Bien choisir son eau : que faut-il vraiment boire ?

Eau du robinet, eau de source, minérale, filtrée, osmosée, alcaline, hydrogénée ou « dynamisée » : autour d’un besoin aussi élémentaire que boire s’est construit un univers étonnamment complexe. Avant de chercher l’eau parfaite, commençons par distinguer ce qui compte réellement de ce qui relève davantage des théories naturopathiques ou du marketing.

Eau du robinet, eau de source, minérale, filtrée, osmosée, alcaline, hydrogénée ou « dynamisée » : autour d’un besoin aussi élémentaire que boire s’est construit un univers étonnamment complexe. Avant de chercher l’eau parfaite, commençons par distinguer ce qui compte réellement de ce qui relève davantage des théories naturopathiques ou du marketing.

Eau du robinet, eau de source, minérale, filtrée, osmosée, alcaline, hydrogénée ou « dynamisée » : autour d’un besoin aussi élémentaire que boire s’est construit un univers étonnamment complexe. Avant de chercher l’eau parfaite, commençons par distinguer ce qui compte réellement de ce qui relève davantage des théories naturopathiques ou du marketing.

Fondatrice de Traverse Detox

Psychopraticienne et accompagnatrice de jeûne

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16 min de lecture

Une femme remplit un verre d'eau au robinet, dans une cuisine baignée de lumière naturelle, entourée d'herbes fraîches et d'agrumes.

Avant de choisir son eau : commencer par boire suffisamment

On peut comparer les pH, les résidus à sec, les teneurs en bicarbonates et les systèmes de filtration pendant des heures.

Mais la première fonction de l’eau reste beaucoup plus simple : nous hydrater.

L’eau représente une part majeure de notre organisme et intervient dans la thermorégulation, le transport des substances, le fonctionnement rénal, la digestion, le volume sanguin et pratiquement toutes les grandes fonctions physiologiques.

Le premier critère d’une bonne eau est donc assez trivial :

il faut la boire.

Les besoins ne sont pas identiques pour tout le monde. Ils varient avec la corpulence, l’activité physique, la température extérieure, la transpiration, l’alimentation, l’âge, la grossesse ou l’allaitement.

Les repères européens situent l’apport hydrique total autour de 2 litres par jour chez la femme adulte et 2,5 litres chez l’homme adulte. Mais il s’agit bien de l’eau totale, comprenant celle des boissons et celle apportée par les aliments.

Une alimentation riche en fruits et légumes fournit déjà une quantité non négligeable d’eau.

À l’inverse, chaleur, randonnée, sport ou transpiration importante augmentent les besoins.

La vieille règle des « 30 ml par kilo » peut servir de repère pratique dans certaines situations, mais elle ne constitue pas une prescription universelle.

La soif reste un signal essentiel — à condition de ne pas passer ses journées à l’ignorer.

Une eau doit d’abord être potable

Cela semble évident, mais cette évidence permet de remettre beaucoup de discours sur l’eau à leur juste place.

Avant son pH, son énergie ou sa supposée « vitalité », le premier critère qualitatif d’une eau est sa sécurité microbiologique et chimique.

Dans les pays disposant de systèmes de contrôle sanitaire efficaces, l’eau du réseau est surveillée selon des normes destinées précisément à garantir cette sécurité.

Cela ne signifie pas que toutes les eaux du robinet ont la même composition, le même goût ou les mêmes caractéristiques.

La composition dépend de la ressource locale, des traitements et du réseau de distribution.

On peut donc parfaitement préférer filtrer son eau.

Mais il faut distinguer deux propositions très différentes :

« Je préfère filtrer mon eau » et « l’eau du robinet est mauvaise pour la santé ».

La première relève d’un choix possible.

La seconde ne peut pas être généralisée.

Eau du robinet, eau en bouteille ou eau filtrée ?

Chacune possède des avantages et des inconvénients.

L’eau du robinet est disponible, peu coûteuse et évite le transport et l’accumulation de bouteilles.

L’eau en bouteille permet de choisir une composition minérale particulière et peut être utile lorsqu’on recherche certaines caractéristiques précises.

Mais sa consommation quotidienne implique emballage, transport, stockage et coût.

Quant à l’eau filtrée, tout dépend de ce que l’on cherche à filtrer et du dispositif utilisé.

Il n’existe donc pas une réponse universelle.

Le bon choix dépend de la qualité de l’eau locale, de son goût, de sa composition, de l’usage recherché et des préférences de chacun.

Filtrer l’eau : pour quoi faire ?

Tous les systèmes de filtration ne font pas la même chose.

Un filtre à charbon actif peut notamment réduire le chlore et certains composés responsables du goût ou de l’odeur.

D’autres dispositifs ciblent certains contaminants.

L’osmose inverse va beaucoup plus loin : l’eau traverse une membrane qui retient une très grande partie des substances dissoutes, y compris de nombreux minéraux.

Elle permet donc d’obtenir une eau très faiblement minéralisée.

Mais « plus filtrée » ne signifie pas automatiquement « meilleure pour tout le monde ».

Un système doit être choisi en fonction de la qualité initiale de l’eau et correctement entretenu. Un dispositif mal entretenu n’est évidemment pas une amélioration.

L’osmose inverse : une eau très purifiée

L’osmose inverse occupe depuis longtemps une place importante dans certains courants naturopathiques.

Son principe est réel et largement utilisé dans le traitement de l’eau : une membrane élimine une grande partie des substances dissoutes.

On obtient donc une eau très peu minéralisée.

L’ancien discours naturopathique considérait parfois cette faible minéralisation comme idéale pour « drainer » l’organisme.

Cette notion doit être nuancée.

Les reins régulent eux-mêmes l’équilibre hydrique et électrolytique. Une eau faiblement minéralisée n’acquiert pas pour autant une capacité particulière à « nettoyer les tissus ».

Inversement, l’idée selon laquelle les minéraux présents dans l’eau seraient pratiquement inutilisables par l’organisme est fausse.

Le calcium et le magnésium présents dans certaines eaux sont absorbables et peuvent contribuer aux apports nutritionnels.

Une eau riche en calcium ou en magnésium peut même en fournir une quantité significative.

Minéralisation : faut-il choisir une eau très peu minéralisée ?

La minéralisation correspond à la quantité de substances minérales dissoutes dans l’eau.

Calcium, magnésium, sodium, bicarbonates et autres ions varient considérablement d’une eau à l’autre.

C’est ce que l’on retrouve sur l’étiquette des eaux embouteillées, notamment à travers leur composition ou leur résidu à sec.

La naturopathie a traditionnellement privilégié les eaux faiblement minéralisées pour la consommation quotidienne, notamment dans les périodes de jeûne ou de détox.

Cette préférence peut être conservée comme choix pratique, mais pas parce qu’une eau minéralisée « fatiguerait nécessairement les reins ».

Une eau minérale peut au contraire constituer une source intéressante de certains minéraux.

L’intérêt dépend donc du contexte.

Une eau faiblement minéralisée peut être agréable comme eau quotidienne. Une eau plus riche en calcium, magnésium ou bicarbonates peut avoir un intérêt nutritionnel ou ponctuel.

Les bicarbonates : un cas particulier

Certaines eaux sont particulièrement riches en bicarbonates.

C’est notamment le cas de plusieurs eaux minérales gazeuses.

Le bicarbonate participe aux grands systèmes tampons de l’organisme, mais cela ne signifie pas qu’il faut boire une eau bicarbonatée pour « alcaliniser son sang ».

Le pH sanguin est régulé dans des limites très étroites par l’organisme, notamment grâce aux poumons et aux reins.

En revanche, la composition bicarbonatée d’une eau est une caractéristique réelle et peut avoir des usages particuliers.

Ces eaux peuvent notamment être appréciées après certains efforts ou dans certains contextes digestifs.

Mais elles ne sont pas nécessaires à tout le monde en permanence.

Le pH de l’eau : beaucoup moins important qu’on ne le raconte

Acide, neutre, alcaline : le pH est devenu l’un des grands arguments marketing autour de l’eau.

Il indique simplement son degré d’acidité ou d’alcalinité.

Mais boire une eau alcaline ne permet pas de modifier durablement le pH du sang d’une personne en bonne santé.

Notre organisme dispose de systèmes extrêmement efficaces pour maintenir celui-ci dans une plage étroite.

Et l’estomac est lui-même un environnement très acide.

Il n’est donc pas nécessaire de rechercher systématiquement une eau à pH élevé.

Une eau potable située dans les valeurs usuelles convient parfaitement à l’hydratation quotidienne.

Le pH est une caractéristique de l’eau. Ce n’est pas un classement de sa qualité nutritionnelle.

Eau alcaline et eau Kangen : remettre les promesses à leur place

Les appareils produisant une eau alcaline ionisée, dont les machines commercialisées sous le nom Kangen, ont suscité beaucoup d’intérêt dans certains milieux naturopathiques.

Ils modifient notamment certaines caractéristiques physico-chimiques de l’eau par électrolyse.

Le problème n’est pas l’existence du procédé.

Ce sont les conclusions qui en ont parfois été tirées.

On a attribué à ces eaux la capacité de lutter contre « l’acidose », de ralentir le vieillissement, de prévenir certaines maladies ou d’hydrater les cellules beaucoup plus efficacement.

Ces promesses dépassent très largement ce que l’on peut aujourd’hui affirmer.

Une eau alcaline reste une eau.

Elle peut hydrater.

Elle peut avoir un goût particulier et des caractéristiques chimiques différentes.

Mais elle n’est ni une eau de jouvence ni un traitement anticancer.

Et l’eau hydrogénée ?

Certaines eaux obtenues par électrolyse peuvent également contenir davantage d’hydrogène moléculaire dissous.

Ce sujet fait l’objet de recherches distinctes de la simple question du pH.

Des travaux expérimentaux et cliniques explorent différents effets possibles de l’hydrogène moléculaire, mais nous sommes encore très loin de pouvoir transformer ces recherches en promesse générale de santé.

Il faut donc distinguer :

une piste de recherche intéressante et un argument commercial démontré.

Ce n’est pas la même chose.

Eau « vivante », eau structurée, vortex : que peut-on en dire ?

Nous entrons ici dans une partie beaucoup plus spécifique de l’histoire naturopathique de l’eau.

Certains courants considèrent qu’une eau ne devrait pas être évaluée uniquement par sa composition chimique.

Ils parlent de structure, de mouvement, de vitalité ou d’information de l’eau.

C’est dans cette logique que sont apparus différents procédés : vortex, dynamiseurs, céramiques, exposition à la lumière ou dispositifs destinés à « restructurer » l’eau.

L’idée du vortex s’inspire notamment de l’observation du mouvement naturel de l’eau dans les rivières et les torrents.

Ces pratiques existent réellement dans l’univers naturopathique. En revanche, leurs bénéfices spécifiques sur la santé humaine ne disposent pas aujourd’hui du même niveau de validation scientifique que la filtration, la composition minérale ou la sécurité microbiologique de l’eau.

On peut donc s’y intéresser.

Mais il faut savoir dans quel registre nous nous trouvons.

La bioélectronique de Vincent : une autre manière historique de regarder l’eau

Autre approche présente dans la naturopathie française : la bioélectronique développée au XXe siècle par Louis-Claude Vincent.

Elle s’intéresse notamment au pH, au potentiel d’oxydoréduction et à la résistivité des solutions aqueuses.

Cette approche a influencé durablement certains naturopathes et explique pourquoi on retrouve encore aujourd’hui des recommandations très précises concernant le pH ou le caractère « oxydant » ou « réducteur » d’une eau.

Elle appartient à l’histoire des théories naturopathiques sur l’eau.

Mais ses extrapolations concernant la santé ne sont pas établies par la médecine et la physiologie contemporaines.

Là encore, il est possible de connaître une théorie sans être obligé de la transformer en certitude.

Faut-il boire chaud ?

L’Ayurvéda et plusieurs traditions naturopathiques accordent une place importante à l’eau chaude ou tiède.

Sur le plan physiologique, il n’existe pas de raison de considérer l’eau chaude comme systématiquement supérieure à l’eau froide.

Elle ne « relance » pas magiquement le métabolisme et ne provoque pas une perte de poids.

Mais le confort compte.

Certaines personnes boivent davantage lorsqu’elles consomment des tisanes ou de l’eau tiède.

Certaines trouvent une boisson chaude plus agréable le matin, en hiver ou après un repas.

D’autres préfèrent l’eau fraîche.

La bonne température est donc avant tout celle qui permet de boire suffisamment et qui est confortable.

Boire le matin : une habitude simple

Après plusieurs heures de sommeil sans boire, prendre de l’eau au réveil est une habitude parfaitement raisonnable.

Elle n’a pas besoin d’être transformée en protocole thérapeutique.

Un ou deux verres d’eau, froide, tempérée ou chaude selon les préférences, permettent simplement de recommencer à s’hydrater.

Ajouter du citron peut être agréable.

Mais le citron ne « détoxifie » pas miraculeusement l’eau ni l’organisme.

C’est du citron dans de l’eau.

Et cela peut être très bon ainsi.

Peut-on boire pendant les repas ?

La naturopathie a longtemps recommandé de boire très peu pendant les repas afin de ne pas « diluer les sucs digestifs ».

Là encore, il faut assouplir la règle.

Boire normalement pendant un repas ne désactive pas la digestion.

Certaines personnes trouvent néanmoins inconfortable de boire de très grandes quantités en mangeant.

La règle pratique devient donc simple :

boire selon sa soif et son confort, sans avoir besoin de s’interdire un verre d’eau à table.

Café et thé déshydratent-ils ?

Le café et le thé contiennent de la caféine, qui possède un effet diurétique.

Mais cela ne signifie pas qu’une tasse de café fasse perdre l’équivalent d’une tasse d’eau qu’il faudrait automatiquement remplacer.

Ces boissons apportent elles-mêmes de l’eau et participent à l’hydratation.

Elles ne remplacent pas nécessairement l’eau comme boisson principale, mais la vieille règle « un café = un verre d’eau supplémentaire obligatoire » est trop simpliste.

Quand on transpire beaucoup, l’eau ne suffit pas toujours

Une randonnée longue, un effort sportif important ou une forte chaleur peuvent entraîner des pertes significatives d’eau mais aussi d’électrolytes, notamment de sodium.

Dans ces situations, l’hydratation ne consiste pas nécessairement à boire toujours davantage d’eau pure.

Il peut être pertinent de tenir compte également des électrolytes, de l’alimentation et de la quantité réellement perdue par la transpiration.

C’est particulièrement important pendant les efforts longs ou sous forte chaleur.

Là encore, les besoins doivent être individualisés.

Et l’eau distillée ou totalement déminéralisée ?

L’eau distillée contient extrêmement peu de minéraux.

Elle a parfois été utilisée dans certains protocoles naturopathiques ou de jeûne.

Mais il n’existe aucune nécessité générale de boire une eau totalement déminéralisée pour être en bonne santé ou pour « nettoyer » l’organisme.

À l’inverse, il n’est pas juste non plus d’affirmer qu’un verre d’eau déminéralisée va immédiatement « voler les minéraux du corps ».

Pour une consommation quotidienne prolongée, la question doit surtout être replacée dans l’ensemble de l’alimentation et de l’équilibre minéral.

Bouteilles en plastique : une raison supplémentaire de réfléchir

Le débat sur l’eau en bouteille ne concerne pas seulement sa composition.

Il concerne également les emballages, leur fabrication, leur transport, leur stockage et leurs déchets.

Pour quelqu’un qui dispose d’une eau de réseau de bonne qualité, boire quotidiennement de l’eau transportée sur des centaines de kilomètres dans des bouteilles jetables mérite donc au minimum d’être questionné.

Une gourde ou une carafe en verre et, si nécessaire, une filtration domestique adaptée peuvent constituer une solution beaucoup plus simple.

Alors, quelle eau choisir ?

Si nous devions transformer cet article en quelques règles pratiques, elles seraient finalement beaucoup plus simples que les dix-sept critères de notre ancien texte.

  1. Boire suffisamment avant de chercher l’eau parfaite.

  2. Choisir une eau dont la sécurité microbiologique et chimique est assurée.

  3. Si l’eau du robinet locale est de bonne qualité et vous convient, elle peut parfaitement constituer votre eau quotidienne.

  4. Si son goût ou certaines caractéristiques vous gênent, envisager une filtration adaptée plutôt qu’un système choisi sur une promesse marketing.

  5. Ne pas considérer automatiquement une eau très peu minéralisée comme supérieure : calcium et magnésium de l’eau peuvent contribuer aux apports.

  6. Utiliser éventuellement certaines eaux minérales pour leurs caractéristiques particulières — calcium, magnésium, bicarbonates, sodium — en fonction du contexte.

  7. Ne pas chercher à modifier son pH sanguin avec une eau alcaline.

  8. Considérer les eaux « structurées », dynamisées ou les vortex comme des pratiques issues de certains courants naturopathiques, pas comme des bénéfices médicaux démontrés.

  9. Adapter quantité et électrolytes à l’activité physique, à la chaleur et à la transpiration.

  10. Et choisir une eau que l’on aime suffisamment pour avoir envie de la boire.

Chez Traverse : l’eau reste d’abord un fondamental

Dans une cure détox comme pendant un jeûne, l’eau prend naturellement davantage de place.

Mais nous n’avons pas besoin de lui attribuer des pouvoirs qu’elle n’a pas pour reconnaître son importance.

Elle hydrate.

Elle participe au transport et aux échanges.

Elle permet aux reins d’assurer leur travail normal.

Elle accompagne la thermorégulation et l’activité physique.

Et lorsque l’alimentation diminue fortement ou disparaît temporairement, la qualité et la quantité des boissons deviennent évidemment particulièrement importantes.

C’est déjà beaucoup.

Comme souvent en naturopathie, le plus intéressant consiste peut-être à conserver l’intuition de départ tout en abandonnant les explications qui ne tiennent plus.

Boire suffisamment. Choisir une eau sûre. Comprendre ce qu’elle contient. Et ne pas transformer l’hydratation en nouvelle religion.

Références

EFSA — Dietary Reference Values for water.

Organisation mondiale de la Santé — Guidelines for Drinking-water Quality.

Organisation mondiale de la Santé — Calcium and Magnesium in Drinking-water.

Organisation mondiale de la Santé — Nutrients in Drinking-water.

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