Détox systémique

Quand le corps est en surcharge : comprendre la charge allostatique

Nous savons assez bien reconnaître un excès alimentaire. Nous identifions moins facilement ce qui se passe lorsque ce sont le stress, le manque de sommeil, les sollicitations, le rythme ou l’environnement qui s’accumulent. Pourtant, pour l’organisme, toutes ces expériences ont aussi un coût : celui de devoir continuellement s’adapter.

Nous savons assez bien reconnaître un excès alimentaire. Nous identifions moins facilement ce qui se passe lorsque ce sont le stress, le manque de sommeil, les sollicitations, le rythme ou l’environnement qui s’accumulent. Pourtant, pour l’organisme, toutes ces expériences ont aussi un coût : celui de devoir continuellement s’adapter.

Nous savons assez bien reconnaître un excès alimentaire. Nous identifions moins facilement ce qui se passe lorsque ce sont le stress, le manque de sommeil, les sollicitations, le rythme ou l’environnement qui s’accumulent. Pourtant, pour l’organisme, toutes ces expériences ont aussi un coût : celui de devoir continuellement s’adapter.

Fondatrice de Traverse Detox

Psychopraticienne et accompagnatrice de jeûne

·

12 min de lecture

Un homme en costume quitte précipitamment son appartement le matin, vérifiant l’heure à sa montre, sac à l’épaule et thermos à la main, sous une note manuscrite affichée au mur : « Moins de pressions, plus de respiration ».

Nous passons notre vie à nous adapter

Notre organisme n’est jamais véritablement à l’équilibre.

Il ajuste en permanence notre température, notre pression artérielle, notre glycémie, notre rythme cardiaque, notre niveau de vigilance, notre faim, notre sommeil ou encore notre réponse immunitaire.

Nous avons longtemps résumé cette capacité par le mot homéostasie : maintenir certaines constantes internes dans des limites compatibles avec la vie.

Mais cette représentation est incomplète.

Parce que pour préserver cet équilibre, le corps doit précisément être capable de changer.

Lorsque nous nous levons brusquement, notre pression artérielle s’adapte. Lorsque nous avons froid, différents mécanismes limitent les pertes de chaleur et augmentent sa production. Lorsque nous faisons un effort, le cœur accélère et davantage d’énergie devient disponible. Lorsque nous percevons une menace, notre organisme nous prépare à y répondre.

Cette capacité à maintenir une stabilité par le changement porte un autre nom : l’allostasie.

Et elle est indispensable à la vie.

Le problème n’est donc pas que notre organisme s’adapte.

Le problème apparaît lorsque l’adaptation ne s’arrête plus.

L’allostasie : changer pour rester en équilibre

Imaginons une journée difficile.

Une mauvaise nuit. Un réveil en retard. Une réunion importante. Un conflit. Un repas pris trop vite. Des notifications incessantes. Un problème familial. Une heure supplémentaire devant l’ordinateur.

Pris séparément, chacun de ces événements est généralement parfaitement gérable.

Notre organisme mobilise ce dont il a besoin, puis revient progressivement à un autre état.

Le système nerveux autonome intervient. Le système sympathique peut augmenter la vigilance, le rythme cardiaque et la disponibilité énergétique. L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien participe à la réponse au stress, notamment par l’intermédiaire du cortisol. Puis les mécanismes de récupération prennent normalement davantage de place.

Ce fonctionnement est adaptatif.

Le stress aigu n’est donc pas notre ennemi. Nous sommes biologiquement construits pour y répondre.

Mais que se passe-t-il lorsque la mauvaise nuit est suivie d’une autre mauvaise nuit ? Lorsque le conflit dure six mois ? Lorsque les journées n’ont plus de véritable interruption ? Lorsque la disponibilité permanente devient la norme ?

Le corps continue à faire ce qu’il sait faire : il s’adapte.

Et cette adaptation répétée finit par avoir un coût.

La charge allostatique : le prix de l’adaptation

C’est précisément ce que les chercheurs ont appelé la charge allostatique.

Le concept désigne la charge physiologique cumulative associée à l’adaptation répétée ou prolongée aux contraintes de la vie. Il ne s’agit pas d’une « toxine » supplémentaire qui circulerait dans l’organisme, mais d’une manière de penser l’usure progressive de plusieurs systèmes lorsqu’ils sont continuellement mobilisés.

Et c’est là que le concept devient particulièrement intéressant.

Car le stress n’agit pas sur un seul bouton.

Il implique des systèmes qui communiquent entre eux : système nerveux autonome, systèmes neuroendocriniens, cardiovasculaires, métaboliques et immunitaires notamment.

Les recherches contemporaines sur la charge allostatique tentent justement d’observer cette accumulation à travers plusieurs systèmes physiologiques plutôt qu’à travers un marqueur isolé.

Autrement dit, le corps ne sépare pas notre vie en rubriques comme nous le faisons.

Il ne possède pas une case « travail », une case « couple », une case « sommeil » et une case « alimentation ».

Il doit continuellement s’adapter à l’ensemble.

Le cortisol n’explique pas tout

Lorsqu’on parle de stress, le cortisol est devenu la vedette.

Au point qu’il est parfois présenté comme une sorte de nouvelle toxine.

C’est une erreur.

Le cortisol est une hormone indispensable. Il participe notamment à la mobilisation de l’énergie et à l’adaptation de l’organisme. Son augmentation dans certaines situations est normale.

La question intéressante n’est donc pas simplement : « Ai-je trop de cortisol ? »

Elle concerne davantage la manière dont différents systèmes sont sollicités, leur rythme, leur capacité à revenir à un autre état et la répétition des contraintes.

C’est pourquoi la charge allostatique ne se mesure pas avec « le marqueur du stress ».

Les travaux utilisent des ensembles de paramètres appartenant à plusieurs systèmes : cardiovasculaire, métabolique, inflammatoire, neuroendocrinien, autonome, etc.

Et il n’existe d’ailleurs pas encore une mesure universelle de la charge allostatique : les méthodes utilisées par les chercheurs varient. Une vaste analyse portant sur plus de 67 000 personnes et 40 biomarqueurs répartis dans 12 systèmes physiologiques illustre précisément cette approche multisystémique.

C’est important, parce que cela nous éloigne d’une vision simpliste du stress.

Quand plusieurs petites charges finissent par en former une grande

Nous imaginons souvent le stress à travers les grands événements : un deuil, une séparation, un accident, une maladie, une perte d’emploi.

Ils comptent évidemment.

Mais la charge peut aussi se construire à bas bruit.

Dormir systématiquement une heure de moins que nécessaire.

Manger sans jamais vraiment s’arrêter.

Être disponible du matin au soir.

Passer d’un écran à l’autre.

Vivre dans le bruit.

Ne plus bouger.

Travailler dans un environnement que l’on supporte mal.

Anticiper continuellement un conflit.

S’occuper de tout.

Ne jamais avoir de temps sans objectif.

Aucune de ces situations ne suffit à elle seule à raconter l’état physiologique d’une personne.

C’est leur accumulation, leur durée et l’absence de récupération qui deviennent intéressantes.

Les perturbations chroniques du sommeil et des rythmes circadiens constituent par exemple elles-mêmes des contraintes susceptibles d’affecter le fonctionnement métabolique, autonome, immunitaire et cognitif.

La surcharge n’est donc pas nécessairement spectaculaire.

Elle peut être simplement devenue notre manière normale de vivre.

Le corps peut s’habituer à ce qui l’épuise

C’est probablement l’un des aspects les plus trompeurs de l’adaptation.

Nous pouvons nous habituer subjectivement à une situation sans qu’elle soit devenue neutre.

On finit par trouver normal de dormir six heures.

Normal de manger devant son ordinateur.

Normal d’être joignable en permanence.

Normal d’avoir le ventre noué avant certaines réunions.

Normal de ne plus avoir une journée vide.

Normal de penser au travail en se réveillant la nuit.

Normal d’être fatigué.

L’être humain possède une capacité d’adaptation remarquable.

Mais être capable de fonctionner dans une situation ne signifie pas nécessairement qu’elle ne nous coûte rien.

C’est toute l’ambiguïté de l’allostasie : ce qui nous permet de tenir peut, lorsqu’il doit être mobilisé continuellement, participer à la charge que l’organisme doit supporter.

Le problème n’est pas seulement le stress : c’est l’absence de récupération

Il existe une différence fondamentale entre une sollicitation suivie d’une récupération et une sollicitation qui en rencontre immédiatement une autre.

Marcher longtemps fatigue. Puis nous récupérons.

Un effort sportif augmente temporairement de nombreux paramètres physiologiques. Puis ils redescendent.

Une émotion forte mobilise. Puis elle passe.

Même le jeûne constitue une contrainte physiologique à laquelle l’organisme répond par une série d’adaptations.

La contrainte n’est donc pas nécessairement mauvaise.

Elle peut même produire des adaptations utiles lorsqu’elle est proportionnée et suivie d’une récupération — c’est notamment le principe de l’hormèse que nous avons évoqué à propos du jeûne.

Ce qui change la donne, c’est la répétition, la durée, l’intensité et la possibilité — ou non — de récupérer.

On pourrait presque résumer la question ainsi :

Ce n’est pas seulement ce qui nous arrive qui compte. C’est aussi l’espace que nous avons entre deux choses qui nous arrivent.

C’est ici que la détox devient plus intéressante

Dans une conception classique de la détox, nous regardons surtout les apports.

Que mangeons-nous ?

Combien ?

À quelle fréquence ?

Consommons-nous de l’alcool ? Du sucre ? Des produits très transformés ?

Ces questions sont légitimes. Elles sont au cœur de la cure détox naturopathique.

Mais si nous prenons au sérieux la notion de charge allostatique, une deuxième série de questions apparaît.

Combien dormons-nous ?

Combien de décisions prenons-nous chaque jour ?

À combien de personnes devons-nous répondre ?

Combien de fois notre attention est-elle interrompue ?

Quel niveau de vigilance notre travail exige-t-il ?

Dans quel environnement passons-nous nos journées ?

Quelles relations nous mettent continuellement en tension ?

À quel moment notre organisme n’a-t-il plus rien à gérer ?

La question de la détox change alors de nature.

Elle n’est plus seulement :

« Qu’est-ce qui entre dans mon corps ? »

Elle devient :

« À quoi mon organisme doit-il continuellement s’adapter ? »

Toutes les surcharges ne sont pas alimentaires

C’est le point de jonction entre la naturopathie et ce que nous appelons chez Traverse la détox systémique.

Une alimentation excessive constitue une charge.

Mais un rythme de vie peut en constituer une autre.

Le manque de sommeil aussi.

Une relation qui maintient constamment en alerte peut participer à la charge.

Un environnement bruyant ou hyperstimulant aussi.

L’accumulation d’informations également.

Et plusieurs de ces facteurs peuvent évidemment coexister.

Ils ne sont pas équivalents et n’agissent pas par les mêmes mécanismes. Il serait scientifiquement faux de prétendre qu’un repas trop riche, une notification et un conflit conjugal produisent exactement le même effet physiologique.

Mais ils ont un point commun : ils demandent une réponse, une régulation ou une adaptation.

C’est cela qui nous intéresse.

La détox systémique ne consiste donc pas à rebaptiser toutes les difficultés de la vie « toxines ».

Elle consiste à élargir le regard sur ce qui sollicite continuellement le système.

Pourquoi « enlever » peut devenir une intervention

Lorsque nous nous sentons fatigués ou débordés, notre premier réflexe est souvent d’ajouter.

Un complément.

Une technique de respiration.

Une application de méditation.

Une nouvelle routine matinale.

Une activité sportive.

Un protocole.

Un objectif supplémentaire destiné à nous apprendre à moins en faire.

Il y a évidemment des choses utiles à ajouter.

Mais dans un système déjà saturé, ajouter une bonne chose reste parfois… ajouter une chose.

Chez Traverse, nous avons choisi de commencer par la question inverse :

Qu’est-ce que nous pouvons enlever ?

Pendant quelques jours, enlever le travail.

Enlever une partie des décisions.

Enlever les courses et la préparation des repas.

Selon la cure, enlever certains aliments, réduire fortement l’alimentation ou l’interrompre temporairement.

Enlever une partie des écrans.

Enlever les déplacements.

Enlever certaines obligations sociales.

Enlever le rythme habituel.

Puis regarder.

Retirer du bruit pour rendre certaines choses visibles

Il ne s’agit pas de prétendre qu’une semaine de retraite « efface » une charge allostatique accumulée pendant des années.

Ce serait beaucoup trop simple.

Mais une rupture peut avoir une autre fonction.

Elle permet d’observer ce qui apparaît lorsque certaines sollicitations habituelles disparaissent.

La faim n’est parfois pas seulement une faim.

L’envie de manger peut apparaître à une heure précise, dans une émotion précise ou au moment où l’activité s’interrompt.

La fatigue que l’on attribuait au travail peut devenir beaucoup plus visible lorsqu’on cesse de courir.

L’agitation peut apparaître précisément au moment où plus rien ne vient l’occuper.

Le besoin de regarder son téléphone peut devenir perceptible lorsqu’on décide de ne plus répondre immédiatement.

Certaines tensions disparaissent rapidement. D’autres restent.

Et cette différence contient déjà une information.

La détox comme expérience de soustraction

C’est probablement ici que nous nous éloignons le plus de la détox conçue comme une accumulation de techniques de purification.

Nous ne cherchons pas à fabriquer un environnement dans lequel le corps serait miraculeusement débarrassé de tout ce qui lui nuit.

Nous créons une expérience de soustraction.

Moins d’alimentation lorsque cela est indiqué.

Moins de décisions.

Moins de sollicitations.

Moins de bruit.

Moins d’obligations.

Et davantage de marche, de sommeil, de temps et d’espace — non pas pour remplir immédiatement le vide, mais pour voir ce qu’il révèle.

La physiologie nous donne ici une idée particulièrement féconde : un organisme en bonne santé n’est pas un organisme qui ne rencontre jamais de contrainte. C’est un organisme capable de s’adapter et de récupérer.

La question n’est donc peut-être pas seulement de savoir ce qui nous « intoxique ».

Elle est de savoir ce qui mobilise continuellement notre capacité d’adaptation sans lui laisser suffisamment d’espace pour revenir.

C’est à cet endroit précis que la cure détox cesse d’être seulement alimentaire.

Et que commence, pour nous, la détox systémique.

Références

Doan SN. Allostatic Load: Developmental and Conceptual Considerations in a Multi-System Physiological Indicator of Chronic Stress Exposure. Developmental Psychobiology, 2021.

Guidi J, Lucente M, Sonino N, Fava GA. Allostatic Load and Its Impact on Health: A Systematic Review. Psychotherapy and Psychosomatics, 2021.

McCrory C et al. Towards a consensus definition of allostatic load: a multi-cohort, multi-system, multi-biomarker individual participant data meta-analysis. Psychoneuroendocrinology, 2023.

O’Connor DB, Thayer JF, Vedhara K. Stress and Health: A Review of Psychobiological Processes. Annual Review of Psychology, 2021.

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