Métapsy

La singularité : ce qui apparaît quand on fait enfin de la place

Nous passons une grande partie de notre existence à nous adapter. Sortir pendant quelques jours de nos rôles, de nos habitudes et de notre environnement peut alors produire quelque chose d’inattendu : non seulement voir ce qui ne nous convient plus, mais laisser davantage de place à ce qui nous est profondément propre.

Nous passons une grande partie de notre existence à nous adapter. Sortir pendant quelques jours de nos rôles, de nos habitudes et de notre environnement peut alors produire quelque chose d’inattendu : non seulement voir ce qui ne nous convient plus, mais laisser davantage de place à ce qui nous est profondément propre.

Nous passons une grande partie de notre existence à nous adapter. Sortir pendant quelques jours de nos rôles, de nos habitudes et de notre environnement peut alors produire quelque chose d’inattendu : non seulement voir ce qui ne nous convient plus, mais laisser davantage de place à ce qui nous est profondément propre.

Fondatrice de Traverse Detox

Psychopraticienne et accompagnatrice de jeûne

·

14 min de lecture

Homme au bord d'une piscine, en fin de journée, dans un cadre naturel évoquant le calme et la présence à soi

Nous sommes tous beaucoup plus adaptés que nous ne le croyons

Nous aimons penser que nous sommes spontanément nous-mêmes.

La réalité est plus complexe.

Depuis l’enfance, nous apprenons à évoluer dans différents systèmes.

Une famille.

Une école.

Un groupe social.

Une culture.

Puis une entreprise, un métier, un couple, une famille que nous construisons à notre tour.

Nous apprenons ce qui fonctionne.

Ce qui est valorisé.

Ce qu’il vaut mieux montrer.

Ce qu’il vaut mieux retenir.

La place que nous pouvons prendre.

La manière dont il faut parler.

Ce qu’il faut réussir.

Ce qu’il faut éviter.

Cette capacité d’adaptation est indispensable.

Elle nous permet de vivre avec les autres, de travailler, de construire, de nous intégrer.

Mais à force de nous adapter, une autre question peut finir par disparaître :

qu’est-ce qui, dans ma manière d’être, m’appartient réellement ?

Faire de la place ne sert pas seulement à enlever

Chez Traverse, nous parlons beaucoup de détox.

Et notre première logique est effectivement celle du retrait.

Enlever certaines sollicitations.

Interrompre certains automatismes.

Simplifier l’alimentation ou jeûner selon les protocoles.

Réduire le bruit.

Sortir du rythme habituel.

Mettre à distance le téléphone.

Marcher.

Dormir.

Respirer.

Ne plus remplir chaque interstice.

C’est le principe même de notre approche de la détox systémique.

Mais enlever n’a jamais été une finalité.

Nous enlevons pour faire de la place.

Et cette place ne sert pas uniquement à identifier ce qui allait mal.

Elle peut aussi permettre à quelque chose d’autre d’apparaître.

Que reste-t-il lorsque je ne suis momentanément plus obligé d’être celui que je suis tous les jours ?

C’est une expérience assez rare.

Pendant 7 jours, ou pendant 12 jours selon les retraites, une personne quitte une grande partie du décor dans lequel elle fonctionne habituellement.

Elle n’est plus exactement le dirigeant.

La mère.

Le père.

Le conjoint.

La personne qui organise tout.

Celle qui répond à tout le monde.

Celle qui doit décider.

Celle qui rassure.

Celle qui performe.

Celle dont on attend toujours quelque chose.

Évidemment, aucune de ces identités ne disparaît.

Mais elles cessent momentanément d’occuper tout l’espace.

Nous devenons, pour quelques jours, un peu hors sol.

Et cette situation pose une question très intéressante :

qu’est-ce qui apparaît de moi lorsque mon environnement habituel cesse momentanément de me rappeler qui je dois être ?

La singularité n’est pas une personnalité idéale

Lorsque nous parlons de singularité en Métapsy, nous ne cherchons pas un « vrai soi » caché quelque part derrière toutes nos adaptations.

Nous ne pensons pas non plus qu’il suffirait de partir douze jours pour découvrir soudainement « qui l’on est vraiment ».

La singularité est plus concrète.

C’est la combinaison particulière de nos perceptions, de nos façons de comprendre, de nos sensibilités, de nos capacités, de nos rythmes, de nos intuitions, de nos manières d’apprendre, de créer, de relier ou d’agir.

Certaines de ces caractéristiques ont trouvé une place très facilement dans notre vie.

D’autres beaucoup moins.

Certaines ont même pu être considérées comme gênantes.

Trop intense.

Trop sensible.

Trop rapide.

Trop curieux.

Trop indépendant.

Trop intuitif.

Trop exigeant.

Trop créatif.

Trop dispersé.

Trop différent.

Et c’est parfois là que se cache une partie intéressante de la singularité.

Ce que nous avons appris à contenir peut aussi être une compétence

Nous apprenons très tôt à corriger ce qui s’intègre mal.

C’est souvent nécessaire.

Mais cette correction peut parfois devenir tellement efficace que nous ne voyons plus ce qui se trouvait derrière.

Une grande sensibilité peut être encombrante.

Elle peut aussi permettre une perception extrêmement fine.

Une pensée très rapide peut produire de la dispersion.

Elle peut aussi permettre de créer des liens là où d’autres n’en voient pas.

Une forte indépendance peut compliquer certaines relations.

Elle peut aussi produire une capacité remarquable à ouvrir des chemins.

Une intensité importante peut épuiser.

Elle peut aussi devenir une puissance d’engagement considérable.

Nous ne cherchons pas à transformer tous nos « trop » en qualités.

Ce serait une autre manière de raconter une jolie histoire.

Nous cherchons plutôt à poser une question :

dans ce que j’ai appris à contrôler, à réduire ou à considérer comme gênant, existe-t-il aussi une capacité que je n’utilise pas suffisamment bien ?

Les hyper-compétences : regarder aussi ce qui fonctionne exceptionnellement bien

Nous avons souvent beaucoup plus de vocabulaire pour parler de nos difficultés que pour décrire précisément nos compétences.

Nous savons dire :

  • je suis anxieux ;

  • je suis dispersé ;

  • je contrôle trop ;

  • je réfléchis trop ;

  • je suis trop sensible ;

  • je m’ennuie vite.

Mais nous savons beaucoup moins facilement identifier les capacités extrêmement développées qui peuvent se trouver derrière certains de ces fonctionnements.

C’est ce que nous appelons en Métapsy les hyper-compétences.

Non pas des super-pouvoirs.

Pas davantage des qualités que chacun devrait absolument découvrir pour se sentir exceptionnel.

Une hyper-compétence est une capacité particulièrement développée chez une personne, parfois tellement naturelle pour elle qu’elle ne la considère même plus comme une compétence.

Voir très rapidement une structure.

Sentir l’atmosphère d’un groupe.

Créer des connexions inattendues.

Anticiper.

Mobiliser.

Conceptualiser.

Rassurer.

Improviser.

Résoudre.

Créer.

Transmettre.

Lire extrêmement finement une situation.

Parce que nous faisons certaines choses presque sans effort, nous imaginons facilement que tout le monde sait les faire.

Or ce qui nous paraît évident est parfois précisément ce qui nous est singulier.

Nos stratégies de survie et nos compétences sont parfois très proches

C’est aussi là que le travail devient plus subtil.

Une hyper-compétence n’est pas nécessairement née dans des circonstances idéales.

Certaines capacités se développent parce qu’elles ont été nécessaires.

Un enfant qui a beaucoup observé son environnement peut devenir un adulte extraordinairement attentif aux autres.

Quelqu’un qui a dû anticiper peut développer une capacité exceptionnelle de projection.

Quelqu’un qui a très tôt appris à se débrouiller seul peut devenir remarquablement autonome.

Cela ne signifie évidemment pas que les difficultés étaient « une chance ».

Et cela ne consiste surtout pas à romantiser les traumatismes ou les épreuves.

Cela signifie simplement qu’une même histoire peut avoir produit à la fois :

  • des automatismes qui nous limitent ;

  • et des capacités extrêmement développées.

Le travail de transformation ne consiste donc pas toujours à supprimer ce que nous avons construit.

Il consiste parfois à distinguer ce qui nous enferme de ce qui constitue aujourd’hui une ressource.

Enlever les mauvais plis sans repasser toute la personne

Cette distinction est importante en Métapsy.

Nous avons parlé, dans nos autres articles, des comportements gênants et limitants, de ces « plis » que nous pouvons avoir intérêt à regarder et parfois à modifier.

Mais si nous voulons enlever certains mauvais plis, ce n’est certainement pas pour repasser toute la personne jusqu’à ce qu’elle devienne parfaitement lisse.

C’est même exactement l’inverse.

Nous voulons enlever ce qui empêche la singularité de prendre suffisamment de place.

Il y a donc deux mouvements.

Regarder ce qui nous limite.

Et regarder ce que nous avons peut-être trop limité.

Ce ne sont pas les mêmes choses.

Pourquoi le changement de cadre est si intéressant

Dans la vie quotidienne, notre environnement nous renvoie continuellement à nos fonctionnements habituels.

Nous entrons dans une pièce et nous savons déjà qui nous sommes dans cette pièce.

Au travail.

En famille.

Avec notre conjoint.

Avec nos amis.

Nous reprenons presque instantanément notre place habituelle.

Pendant une retraite, cette organisation est momentanément perturbée.

Les personnes autour de nous ne nous connaissent pas nécessairement.

Elles n’attendent pas exactement les mêmes choses de nous.

Nous n’avons pas à rejouer en permanence les mêmes rôles.

Le rythme est différent.

Les conversations sont différentes.

Le corps prend davantage de place.

La marche crée du temps.

Le silence en crée encore.

Et cette modification du contexte peut faire apparaître des comportements, des envies, des idées ou des capacités qui avaient beaucoup moins de place dans la vie habituelle.

Changer de cadre ne change pas automatiquement une personne.

Mais cela peut lui permettre de s’observer autrement.

La marche laisse aussi penser autrement

La marche occupe une place importante dans cette expérience.

Parce que nous ne sommes pas assis toute la journée face à quelqu’un en train d’essayer de produire des réponses intelligentes à des questions sur nous-mêmes.

Nous marchons.

Le paysage change.

Le corps avance.

Les conversations apparaissent et disparaissent.

Il existe des moments où l’on parle et d’autres où personne ne parle.

Une idée peut arriver sans avoir été cherchée.

Une question peut rester ouverte pendant plusieurs kilomètres.

C’est une autre manière de laisser travailler quelque chose.

Chez Traverse, cette alternance entre accompagnement, mouvement, temps partagé et temps personnel participe pleinement au processus.

Une semaine ou douze jours pour redevenir curieux de soi

Sept ou douze jours ne suffisent évidemment pas à « découvrir sa singularité ».

Ce n’est pas un diagnostic.

Ce n’est pas un test.

Et nous ne distribuons pas, au moment du départ, une fiche indiquant à chacun ce qu’il est devenu.

Le séjour permet autre chose :

redevenir curieux de soi.

Qu’est-ce qui m’intéresse lorsque je dispose de temps ?

Qu’est-ce qui me donne spontanément de l’énergie ?

À quel moment est-ce que je me sens particulièrement vivant ?

Qu’est-ce que je comprends très vite ?

Qu’est-ce que les autres viennent naturellement chercher chez moi ?

Qu’est-ce qui m’ennuie presque immédiatement ?

Qu’est-ce que je fais d’une manière différente ?

Qu’est-ce que je considère comme banal chez moi alors que cela ne l’est peut-être pas ?

Et parfois :

qu’est-ce que je n’ai jamais vraiment autorisé à prendre de la place ?

L’Ennéagramme peut nous aider à distinguer stratégie et singularité

Dans les accompagnements Métapsy plus approfondis, l’Ennéagramme peut apporter ici un éclairage particulièrement intéressant.

Non pour enfermer quelqu’un dans un type.

Mais précisément pour distinguer ce qui relève d’une stratégie très installée de ce qui appartient davantage à ses ressources et à sa singularité.

Nous pouvons être extrêmement compétents dans une stratégie que nous avons répétée toute notre vie.

Cela ne signifie pas nécessairement que cette stratégie soit l’expression la plus libre de ce que nous sommes.

Comprendre ce que nous faisons automatiquement permet parfois de découvrir ce que nous pourrions faire autrement.

Et donc de récupérer de l’espace.

Le séjour fait de la place. Les neuf semaines permettent de voir ce que nous en faisons.

Comme pour l’ensemble de notre approche, le travail ne se limite pas au temps passé à Traverse.

Les retraites s’inscrivent dans un accompagnement de neuf semaines, avant, pendant et après le séjour.

Nos protocoles et nos journaux permettent de préparer certaines observations, de noter ce qui apparaît et surtout de continuer à regarder ce qui se passe une fois revenu dans son environnement habituel.

Parce que la question la plus intéressante arrive souvent après.

Je me suis découvert différent dans un autre contexte.

Que vais-je faire de cette information lorsque je retrouve ma vie ?

Une capacité qui émerge pendant une retraite ne devient pas automatiquement une nouvelle manière de vivre.

Il faut parfois lui créer une place.

La tester.

La protéger.

L’utiliser.

Et quelquefois réorganiser certaines choses autour d’elle.

C’est aussi à cela que sert l’accompagnement après le séjour.

La singularité n’est pas ce qui nous sépare des autres

Le mot pourrait laisser penser le contraire.

Être singulier ne signifie pas chercher à être exceptionnel.

Cela ne signifie pas davantage cultiver artificiellement sa différence.

Nous n’avons pas besoin de devenir plus originaux.

Nous avons surtout besoin de moins dépenser d’énergie à devenir continuellement conformes à ce que nous croyons devoir être.

La singularité apparaît alors moins comme une revendication que comme une conséquence.

Lorsque nous cessons de corriger en permanence ce qui nous est propre, certaines choses reprennent naturellement leur place.

Chez Traverse, nous ne faisons pas seulement de la place pour ce qui doit partir

C’est probablement le point essentiel.

La détox pourrait facilement être comprise comme une grande opération de nettoyage.

Identifier ce qui ne va pas.

Retirer.

Corriger.

Changer.

Mais ce n’est qu’une moitié du mouvement.

Nous faisons aussi de la place pour voir ce qui veut rester.

Ce qui veut grandir.

Ce qui était comprimé.

Ce qui était sous-utilisé.

Ce qui semblait étrange parce qu’il n’avait pas encore trouvé le bon endroit.

Ce que nous faisons exceptionnellement bien sans même savoir que nous le faisons.

Nous faisons de la place pour retirer certains plis.

Mais aussi pour laisser apparaître une forme qui était déjà là.

C’est à cet endroit que la détox systémique rejoint la Métapsy.

Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous avons appelé ce projet Traverse.

Une traversée ne consiste pas seulement à quitter une rive.

Elle permet aussi de découvrir depuis quel endroit nous avons envie d’aborder l’autre.

Références

  • Winnicott DW. The Maturational Processes and the Facilitating Environment. Hogarth Press. 1965.

  • Deci EL, Ryan RM. The “What” and “Why” of Goal Pursuits: Human Needs and the Self-Determination of Behavior. Psychological Inquiry. 2000;11(4):227–268.

  • Ryan RM, Deci EL. Self-Determination Theory: Basic Psychological Needs in Motivation, Development, and Wellness. Guilford Press. 2017.

  • Bandler R, Grinder J. Frogs into Princes: Neuro Linguistic Programming. Real People Press. 1979.

  • Riso DR, Hudson R. The Wisdom of the Enneagram. Bantam. 1999.

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Traverse La Teulera · Torremirona Resort · 17744 Navata (Girona)

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